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Iris
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Dans les tiroirs des univers

par Iris » 21 janv. 2018, 22:14

Un sujet en évocations fugitives, pour parler d'idées, de notes, de goûts, d'écrits inachevés, de possibles créations, d'aperçus de futurs lointains.

J'écris à côté de DRAGONS et ESTEREN, moins que je le voudrais, mais plus librement puisque sans format de livre, signage ou date de sortie. C'est donc un sujet de coulisses de la création, au contenu totalement irrégulier, qui vous donne aussi à voir comment des histoires et thématiques peuvent peu à peu naître.
Si je ne suis pas là, vous pouvez me trouver ici ou ou par MP.

Iris
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Pariki au Regenland -- D'après Serial Killer par Lana Del Rey

par Iris » 21 janv. 2018, 22:30

En écriture de JdR, les textes doivent être explicites et immédiatement compréhensibles. Il ne faut pas de phrases longues, pas de constructions syntaxiques qui sautent d'un sujet à un autre, pas de métonymies, pas d'ellipse. Les relecteurs sont assez stricts là-dessus, et souvent les nouvelles d'ambiance n'échappent qu'à peine au règlement de chasse aux bizarreries qui compliquent la lecture et la compréhension.

Je me suis prise près de 2h ce soir en répétition en boucle d'un unique morceau, à prendre le temps d'ébaucher une mise en scène, une description d'ambiance sans contrainte de forme. Cela donne le résultat ci-après. Ce type d'écriture est beaucoup plus lent que ce que je fais sur un texte ayant une fin clairement identifiée (rythme quasi divisé par deux), mais c'est plus prenant, et apporte une saveur fraîche de ré-création.




L’été dans la péninsule de Pariki pouvait être étouffant, quand les vents chauds du désert traversaient le golf. Ils charriaient une poussière fine qui se déposait partout, qui s’immisçait entre les rouages, dans les moteurs, entre les portes et le parquet. Les orages matinaux rinçaient brutalement ce dépôt terne, et ruisselaient de sang dans les égouts. Quand le soleil se levait et évaporait toute trace de la vie nocturne, il s’étirait dans les allées et les rues rectilignes ; il se réverbérait sur les façades vitrées et brûlait le goudron jusqu’à ce qu’il devienne aussi suffoquant que le ciel bleu désert.

Après l’animation zélée des employés du jour, la clarté déclinante appelait des pas nonchalants vers les terrasses. Les dalles des larges trottoirs dispensaient encore longtemps leur tiédeur enjôleuse après qu’ils marchaient à la lumière des réverbères. Les avenues bruissaient de la brise dans les feuillages et de la musique assourdie qui se pressait hors des bars, ponctuée d’éclats de rires ou de disputes. Les devantures affichaient des messages en néons acidulés, lait-fraise ou cocktail au curaçao. Les glaçons s’entrechoquaient et fondaient agités de longues pailles, tandis que les reposes-verre en carton s’imprégnaient de marques circulaires humides. Les banquettes s’emplissaient, se comprimaient, se vidaient d’un coup, et d’autres venaient déjà.

Dans la demi-ivresse, l’œil jaugeait le monde au travers de la lentille de verre de la peinte, l’esprit certain de sa lucidité. Les cœurs battaient au rythme syncopé de la musique. L’insouciance et l’euphorie frissonnaient de la rumeur. On l’imaginait comme un prédateur qui attendaient dans les ruelles obscures, de celles devant lesquelles on forçait le pas. On l’oubliait dans le sourire de la fille de la table d’à côté.
Après la torpeur du jour caniculaire, elle s’était levée, douchée d’eau froide et avait déjà savouré la nuit à venir. Radio allumée, elle chantait les refrains, enfilait son mini-short en jean et aiguisait son couteau papillon. Elle partait à la chasse, trouver son bel amour de cette nuit.

Après la torpeur du jour caniculaire, elle avait rattaché ses cheveux, relu ses notes et bu un thé glacé. Dans le silence étouffé des fenêtres closes derrière d’épais rideaux, elle prononçait les mots du refrain. Elle humait la piste.

Désir dévorant – sucré de cherry cola, salé de larmes. La chasse était un jeu, le plus sérieux et le plus enivrant. Durant ces quelques heures à rôder, elle se sentait tellement vivante, à en avoir le vertige, à se languir d’une nuit sans fin, un présent étiré dans la perfection de l’instant. Il fallait trouver un visage, une présence isolée – dissonante. Le feu noir de son cœur était avide, il aspirait à la surprise, à l’inconnu, au frisson du regard éperdu qu’on lui lançait, juste avant.

Laisse-moi te trouver.

Tu veux te donner à moi.

Tu veux que je te trouve.


Erreurs, détails, mélodie fredonnée : c’était pour elle. Parce que la boucle se répétait, parce que l’ivresse exigeait des fantaisies plus dangereuses.

Je suis ton présent, tu es mon cadeau.

Les dernières gouttes douces-amères glissaient le long de la paille. Le verre tiédissait, et la peau se refroidissait. Lèvres entre ouvertes, elle souriait. Elle savait où elle irait ce soir. L’inspiration la guidait.

Portée par la mélodie entêtante, elle n’entendait pas la clochette, ni les pas. L’air portait un doux parfum de sève et de poussière. C’était un jeu d’ombre, de patience et d’opportunité – fait aussi de traces impalpables, de reflets et de mânes aux prières fugaces.

Dans un soupir, elle se retourna, à peine contrariée de la trouver sur ses pas.

Est-ce toi que j’ai cherché tout ce temps ?
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