Re: Inframonde chap. 4-01 - L'Oeil ouvert sur le Monde
Publié : 07 juil. 2021, 23:48
Assis en tailleur à l’avant de leur embarcation, Yardan méditait, serein. Bien que physiquement présent, son esprit flottait, léger, et vaguait avec les ors et émeraudes du paysage luxuriant qui émergeait du lointain.
Libre d’appréhension, libre de verdict, le moine appréciait à leur juste mesure les falaises escarpées qui tranchaient les bords de leur présente réalité. Le brun pâle ciselé d’opale mousseux était un écrin de choix pour le couvert végétal, qui prospérait aux pieds des géants. L’azur laiteux du firmament raisonnait tout en contraste avec le noir étincelant de la rivière, fendu sans relâche par la proue de leur esquif. Les ombres sinistres, le jour éclatant, le froid d’un avenir incertain, la moiteur chaude du présent, tout se mélangeait en une peinture chatoyante et bigarrée, une fresque éclatante aux traits bruts et sauvages, où une vigueur inouïe bouillonnait partout d’une vie farouche et sincère.
Dans le silence des eaux, Yardan sentit un sourire fin se dessiner sur ses lèvres. Oui, cette épopée est bien source constante de découverte et d’émerveillement.
Ces derniers jours avaient été une succession de surprises amoncelées. Leur arrivée en ces terres incultes, tout d’abord. Leur rencontre avec Douce-Suma, la femme-serpent amicale... celle avec le serpent à pattes des eaux hostile... celle avec ce peuple d’humains vêtus de peintures et de feuilles tressées... Puis était venu leur voyage dans le plan des dieux, au travers du souffle de la chamane. Par sa grâce, leur groupe s’en était allé fouler le sol des Divins. A cette pensée, Yardan ne put s’empêcher de voir revenir la magnificence de l’Île Monde, cet éclat du Grand Tout les avait accueillis. Une véritable Bénédiction, un diamant de joie qui resterait à jamais brillante comme le jour dans l’esprit du disciple de Draaz.
A la différence de Caliobé et de Dharka, il n’avait pas recueilli l’essence du Dieu Moustique dans un panier de feuilles. Certes, il avait observé avec dévotion cette manifestation du sacré. Certes, il l’avait honoré pour ce qu’il était. Mais n’avait guère goûté à son ton, ni à son étrange cadeau. Yardan s’était ainsi simplement contenté de glisser hors du rêve, lorsque le moment était venu.
Et maintenant, ils étaient désormais là, tous, à voguer sur le fleuve endormi. De toute évidence, le compromis trouvé lors de leur discussion âpre sur la conduite à suivre semblait porter ces fruits. En cette heure, le tas de feuilles géant flottant à contre-courant qu'était leur embarcation grimée n’avait guère éveillé l’attention, et c’en était très bien ainsi. En silence, ils progressaient à bon rythme vers leur destination. Quelle qu’elle fût.
La destinée... Le discours de la chamane, la dénommée Colibri-Double, avait semblé déranger certains membres de leur groupe lorsqu’elle avait affirmé l’inflexibilité du Destin. Pourtant, cette révélation n’en était une que pour l'inconscient qui refusait d’ouvrir les yeux. Oui, c’était même une évidence que le moine se plaisait à rappeler. Toujours, la Grand Roue tournait. Et toujours, chacun avançait dans le Sillon qui était Sien.
Pourtant, la sagesse de cette femme était incomplète, et Yardan ne s’était guère fait prier pour demander à ses frères de Mission de traduire les paroles de Draaz. Car oui, bien que la destinée soit figée, les enseignements du Dieu Dragon étaient clairs. Toujours, plusieurs couches de terres se trouvaient dans le sillon tracé, et leur ordre était matière à changement. Un changement impulsé par celui le voit, pour peu qu'il ait Force et Conscience. En vérité, seule Volonté permettait d’infléchir l’adversité. Tout était là. C’était pour ça que chacun d'entre nous se devait d'écouter les paroles de Draaz et de prendre en main son corps, afin de récupérer le peu de libre arbitre qui lui était possible. Etait-ce vraiment si dur à entendre ?
Le moine soupira doucement. Ces théories, il les aurait volontiers répétées à l’envie, mais sa méconnaissance de la langue locale était un barrage bien trop abrupt. Plus tard, peut-être.
Le disciple du Commencement inspira, et bougea doucement la tête. Son introspection méditative touchait à sa fin. Il tendit ses mains, délogea les poussières qui s’étaient accumulée sur sa tenue de lin sacré du Temple de la Trinité. Le travail effectué par Alek avait été simple, mais efficace. Les coutures grossières bâclées par le moine dans le repos du Khérub avaient disparues, remplacées par une homogénéité lisse. Du bel ouvrage.
Mais c’était sur la tenue d’Edwald que le génie du maître artisan se révélait le plus splendide. L’armure de jais arborée par le mage amnésique était une splendeur, qui cependant tranchait net avec les tenues des locaux. Le fait qu’elle reste confortable par ce temps moite était un second prodige, que le moine ne s’expliquait pas.
Sur l’épaule d’Edwald, son nouveau familier rat-singe s'agrippait nerveusement. Il jetait des regards en coin au grand hibou moucheté qui trônait quant à lui sur l’épaule de Caliobé. Prédateur et proie ? Les deux animaux étaient une nouveauté amusante, qui ajoutait toutefois une dimension incongrue à leur périple. Mais comme les deux mages ne juraient que par les immenses qualités prétendues de leurs protégés, le moine avait tu ses craintes, et leur laissait pour l'heure le bénéfice du doute.
L’adepte du geste secoua doucement la tête, amusé. Draaz seul sait ce dont demain sera fait.
Il se releva doucement, et s’approcha du reste de l’équipage, afin de voir s’il pouvait apporter un quelconque concourt à leur.
Libre d’appréhension, libre de verdict, le moine appréciait à leur juste mesure les falaises escarpées qui tranchaient les bords de leur présente réalité. Le brun pâle ciselé d’opale mousseux était un écrin de choix pour le couvert végétal, qui prospérait aux pieds des géants. L’azur laiteux du firmament raisonnait tout en contraste avec le noir étincelant de la rivière, fendu sans relâche par la proue de leur esquif. Les ombres sinistres, le jour éclatant, le froid d’un avenir incertain, la moiteur chaude du présent, tout se mélangeait en une peinture chatoyante et bigarrée, une fresque éclatante aux traits bruts et sauvages, où une vigueur inouïe bouillonnait partout d’une vie farouche et sincère.
Dans le silence des eaux, Yardan sentit un sourire fin se dessiner sur ses lèvres. Oui, cette épopée est bien source constante de découverte et d’émerveillement.
Ces derniers jours avaient été une succession de surprises amoncelées. Leur arrivée en ces terres incultes, tout d’abord. Leur rencontre avec Douce-Suma, la femme-serpent amicale... celle avec le serpent à pattes des eaux hostile... celle avec ce peuple d’humains vêtus de peintures et de feuilles tressées... Puis était venu leur voyage dans le plan des dieux, au travers du souffle de la chamane. Par sa grâce, leur groupe s’en était allé fouler le sol des Divins. A cette pensée, Yardan ne put s’empêcher de voir revenir la magnificence de l’Île Monde, cet éclat du Grand Tout les avait accueillis. Une véritable Bénédiction, un diamant de joie qui resterait à jamais brillante comme le jour dans l’esprit du disciple de Draaz.
A la différence de Caliobé et de Dharka, il n’avait pas recueilli l’essence du Dieu Moustique dans un panier de feuilles. Certes, il avait observé avec dévotion cette manifestation du sacré. Certes, il l’avait honoré pour ce qu’il était. Mais n’avait guère goûté à son ton, ni à son étrange cadeau. Yardan s’était ainsi simplement contenté de glisser hors du rêve, lorsque le moment était venu.
Et maintenant, ils étaient désormais là, tous, à voguer sur le fleuve endormi. De toute évidence, le compromis trouvé lors de leur discussion âpre sur la conduite à suivre semblait porter ces fruits. En cette heure, le tas de feuilles géant flottant à contre-courant qu'était leur embarcation grimée n’avait guère éveillé l’attention, et c’en était très bien ainsi. En silence, ils progressaient à bon rythme vers leur destination. Quelle qu’elle fût.
La destinée... Le discours de la chamane, la dénommée Colibri-Double, avait semblé déranger certains membres de leur groupe lorsqu’elle avait affirmé l’inflexibilité du Destin. Pourtant, cette révélation n’en était une que pour l'inconscient qui refusait d’ouvrir les yeux. Oui, c’était même une évidence que le moine se plaisait à rappeler. Toujours, la Grand Roue tournait. Et toujours, chacun avançait dans le Sillon qui était Sien.
Pourtant, la sagesse de cette femme était incomplète, et Yardan ne s’était guère fait prier pour demander à ses frères de Mission de traduire les paroles de Draaz. Car oui, bien que la destinée soit figée, les enseignements du Dieu Dragon étaient clairs. Toujours, plusieurs couches de terres se trouvaient dans le sillon tracé, et leur ordre était matière à changement. Un changement impulsé par celui le voit, pour peu qu'il ait Force et Conscience. En vérité, seule Volonté permettait d’infléchir l’adversité. Tout était là. C’était pour ça que chacun d'entre nous se devait d'écouter les paroles de Draaz et de prendre en main son corps, afin de récupérer le peu de libre arbitre qui lui était possible. Etait-ce vraiment si dur à entendre ?
Le moine soupira doucement. Ces théories, il les aurait volontiers répétées à l’envie, mais sa méconnaissance de la langue locale était un barrage bien trop abrupt. Plus tard, peut-être.
Le disciple du Commencement inspira, et bougea doucement la tête. Son introspection méditative touchait à sa fin. Il tendit ses mains, délogea les poussières qui s’étaient accumulée sur sa tenue de lin sacré du Temple de la Trinité. Le travail effectué par Alek avait été simple, mais efficace. Les coutures grossières bâclées par le moine dans le repos du Khérub avaient disparues, remplacées par une homogénéité lisse. Du bel ouvrage.
Mais c’était sur la tenue d’Edwald que le génie du maître artisan se révélait le plus splendide. L’armure de jais arborée par le mage amnésique était une splendeur, qui cependant tranchait net avec les tenues des locaux. Le fait qu’elle reste confortable par ce temps moite était un second prodige, que le moine ne s’expliquait pas.
Sur l’épaule d’Edwald, son nouveau familier rat-singe s'agrippait nerveusement. Il jetait des regards en coin au grand hibou moucheté qui trônait quant à lui sur l’épaule de Caliobé. Prédateur et proie ? Les deux animaux étaient une nouveauté amusante, qui ajoutait toutefois une dimension incongrue à leur périple. Mais comme les deux mages ne juraient que par les immenses qualités prétendues de leurs protégés, le moine avait tu ses craintes, et leur laissait pour l'heure le bénéfice du doute.
L’adepte du geste secoua doucement la tête, amusé. Draaz seul sait ce dont demain sera fait.
Il se releva doucement, et s’approcha du reste de l’équipage, afin de voir s’il pouvait apporter un quelconque concourt à leur.


